"Le voyage pour moi ce n'est pas arriver, c'est partir. C'est la saveur de la journée qui s'ouvre, c'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose,c'est la curiosité de confronter ses rêves avec le Monde, c'est demain, éternellement demain. Je pars..." Roland Dorgelès

dimanche 6 février 2011

On m'a pousse dans les bras d'Amma! - Ashram d'Amma, Kerala, India

Je viens de vivre cinq jours dans l'ashram d'Amma, situe entre Allepey et Kollam, dans une zone tres rurale du Kerala, en bord de mer et au coeur d'une palmeraie. 

J'avais plusieurs fois entendu parler de cette femme, ce gourou, qui prenait inlassablement les gens dans ses bras, depuis des dizaines d'annees, en Inde comme partout ailleurs dans le monde. C'est en rencontrant deux canadiens, enfants d'Amma tous les deux (c'est a dire disciples), que j'ai eu l'envie de me rendre dans son immense ashram, pour vivre son enseignement quelque temps. 

L'amour et la compassion sont au centre de sa spiritualite :  « L’amour est notre véritable essence. L’amour ne connaît pas de frontières de caste, de religion, de race ou de nationalité. Nous sommes tous des perles enfilées sur le même fil de l’amour. » —Amma. En prenant les gens contre son coeur, elle veut repandre son message partour dans le monde, donnant a chacun une etincelle de cet amour incommensurable. Elle consacre egalement sa vie a de nombreuses oeuvres de charite, ecoles, hopitaux, orphelinat... tous l'argent provenant de l'ashram allant a un de ses programmes.

Cet ashram est je pense un des plus grand du pays, accueille des milliers de personnes, pour une journee ou pour une vie. C'est un ensemble de batiments rose pale, au centre duquel se dresse un temple dedie a Kali, une des incarnations feroces de la Mere Divine. Une ville dans la ville s'est cree ici, avec une librairie, une piscine, des restaurants, des magasins... Mais ne nous y trompons pas, on ne vient pas ici, comme dans n'importe quel autre ashram d'ailleurs, pour prolonger ses vacances mais bien pour apprendre et surtout vivre selon la spiritualite du maitre spirituel. Des gens du monde entier se presse ici, de tout age et de toute religion, pour rencontrer Amma, recevoir son darshan (etreinte), faire une pause.....

Les journees sont rythmees par des temps de meditations collectives, des bhajans (chants devotionnels), des heures de seva (travail desinteresse). 
Pour ma part, j'ai ete affecte au service du cafe continental lors du petit dejeuner. Une toute nouvelle experience comme vous pouvez l'imaginer! Bien que le rythme soit soutenu durant trois heures, le contact avec les gens (en anglais s'il vous plait!) et la proximite de la nourriture m'ont permis de passer de bons moments. Outre de contribuer a la vie en communaute, les temps de seva permettent d'apprendre a etre en conscience de ce que l'on fait "dans la vie" et non seulement durant la meditation, a travailler sans attendre de retour, en se preoccupant de l'action et non du resultat de cette action. Rappelez-vous, j'avais fait de meme lors de ma retraite au centre zen il y a un mois. 
« Le monde doit savoir qu’il est possible de consacrer sa vie à aimer et à servir autrui d’une manière désintéressée. » —Amma

Amma est arrivee a l'ashram deux jours apres mon arrivee, apres avoir parcouru le sud de l'Inde pendant un mois. Son retour marque le debut d'une nouvelle dynamique dans l'ashram, les devots l'attendant avec impatience.
Les bhajans du soir m'ont particulierement marque. Tous reunis autour d'elle et de ses plus fideles disciples, nous chantons pendant 1h30, des chants dedies a Khrisna, Shiva ou Amma. Il regne une belle energie, la musique est entrainante, nous la rythmons parfois en frappant dans nos mains. La presence d'Amma rend tout plus beau et plus pur, sa voix est profonde et elle transmet beaucoup de joie et d'amour. 
Le dernier jour, Amma est venue mediter avec nous a la plage. Ce fut un moment d'echange et de partage, comme il est peut etre rare d'en vivre avec des gourous de son ampleur. Cette femme, que l'on croit ou non a son enseignement, que l'on soit sensible ou non a ses valeurs et sa spiritualite, degage beaucoup de chaleur et de bienveillance. 

Bien entendu, au coeur de cette semaine, il y eu l'attente du darshan (benediction, c'est a dire, en ce qui concerne Amma, son etreinte). Chacun attend ce moment avec plus ou moins d'impatience, d'incredulite, d'interrogations... Pour ma part, ayant entendu de nombreux temoignages de gens ayant vu leur vie transformee apres cette etreinte, j'ai tente de ne m'attendre a rien pour etre receptive au moment et laisser venir ce qui devait arriver. Je m'attendais a le recevoir samedi mais, contre toute attente, Amma a decide de donner un premier darshan jeudi, en fin de matinee. Ainsi, je n'ai pas eu le temps de me preparer ce qui etait sans doute mieux. 
Apres avoir recu mon ticket, tel un sesame, j'ai pu prendre ma place dans la file des pelerins attendant patiemment son tour. J'ai ainsi pu observer pendant pres d'une heure, Amma prenant dans ses bras chacun arrivant devant elle, poussee de facon experte par les mains de ses disciples. De loin, cela ressemble a une foule desordonnee se pressant agenouillee a ses pieds, sans qu'elle ne maitrise grand chose de tout cela. Pourtant, il est clair qu'elle controle chacun de ses gestes et donne quelques secondes d'attention a chacun.  J'ai ressenti beaucoup d'emotions et etre temoin de ses scenes souvent fortes pour les disciples, certains fondant en larmes a ses pieds ou quelques metres plus loin. 
Au fur et a mesure que j'approchais d'elle, mon apprehension grandissait : peur de faire un geste deplace, de ne pas etre a la hauteur de cette etreinte... Evidemment, ce sont de bien basses preoccupations et rien de tout cela n'a lieu d'etre pour quelqu'un qui prend le monde contre son coeur. Les secondes precedants le moment ultime, je n'ai plus rien compris, agenouillee par des mains inconnues, moulees par les corps avoisinants, poussee de toute part pour enfin me retrouver entre ses bras, quelques secondes de paix et de calme, alors qu'elle me murmurait "ma cherie" a l'oreille. Rapidement, on m'evacue de l'estrade et je titube quelques metres jusqu'a la premiere chaise venue.C'etait donc ca....
Difficile de reflechir sereinement a ce moment echappant a toute reference. Rationnellement, je peux seulement constate que mon trouble a ete plus grand durant l'attente ou lors des bhajans qu'au cours de ses secondes de benedictions, tout se passant tellement vite. Pourtant, un sentiment de calme et de serenite m'a envahi et a persiste un moment. Je pense que cela doit etre d'autant plus fort que l'on se sent proche de son gourou et de sa philosophie, que l'on attend ce moment depuis des semaines ou des annees. 

Cette experience dans cet ashram, autour d'un gourou femme et "In Live", pronant des valeurs simples et universelles, m'a interesse et interpelle. J'en suis ressortie plus riche mais avec encore tellement d'interrogations... Comment proner l'humilite quand on est soit meme venere par des milliers de personnes, quand sa photo trone partout, et que des dizaines de fideles vous suivent dans tous vos deplacements?  La devotion reste egalement pour moi un petit mystere, provoquant chez moi autant d'admiration et de securite que d'aversion et d'incredulite. Le fait que c'etait un immense centre m'a par contre un peu derange, une vraie ruche bourdonnante du matin au soir, foule anonyme et empressee. J'aimerai pouvoir me rendre dans un ashram plus petit, me permettant d'avoir un accompagnement plus proche.

J'ai tente en quelques minutes de vous donner un bref apercu de mon sejour la-bas ; je ne suis pas tres sarisfaite de mon ecrit, aussi, pour plus d'infos, rendez-vous sur le site d'Amma en France et pour un joli temoignage sur le site de psychologies

Trop peu de temps a consacrer a vos mails en ce moment, bien que je les lise tous attentivement. Je vous promets une seance de reponses personnalisee d'ici quelques jours a Hampi. En attendant, 26 heures de train m'attendent! Belle semaine a tous


3 commentaires:

  1. Je trouve ce recit au contraire tres clair et tu nous fais bien partager l'emotion que tu as ressenti, ca donne tellement envie d'y etre! Ah lala, l'Inde et son lot de frustrations sur toutes les choses que l'on ne pourra pas vivre durant notre sejour de 3 mois et demi, il faudrait y passer une vie, ou plusieurs...

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  2. j AI LU VOTRE COMMENTAIRE AVEC INTERET ET JE LE TROUVE TRES CLAIR.
    J AI MOI MEME SEJOURNE IL Y A TROIS AN DANS L ASHRAM D AMMA EN INDE ET JE SUIS TOUT A FAIT D ACCORD AVEC VOTRE DESCRIPTION.
    UNE FEMME GOUROU DANS L AMOUR UNIVERSEL C EST BON POUR NOUS ETRE HUMAINS DE RESSENTIR CET AMOUR UNIVERSEL.
    BEAUCOUP DE MONDE ET LE DARSHAN TELLEMENT RAPIDE. JE RETIENDRAI LA RICHESSE DES RENCONTRES QUE J AI FAIT LA BAS.
    MERCI DE M AVOIR PERMIS DE REVIVRE CES MOMENTS.NATHALIE.

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  3. Bonjour,
    Merci pour ce témoignage. Il est encore difficile de trouver des traces d'expériences vécues en Ashram et je suis contente d'avoir pu lire le vôtre.
    Bonne journée
    Gaëlle

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